Parfois minuit parfois matin

De Gérard Cléry, avec les aquarelles de Michel Le Sage

Par sa minceur et son format, ce livre pourrait tenir dans la poche. Sauf qu’il tient du livre d’artiste : création artisanale, beau papier, cousu, tirage numéroté et signé. Il vient surtout d’une parole rare. Les aquarelles de Michel Le Sage placent les mots du poète dans le rythme cosmique des jours et des marées. Bref, le livre tient sa place et son rang dans la bibliographie de Gérard Cléry.

Marie-Josée Christien, Spered Gouez n°24, octobre 2018

Gardien de trois fois rien

d’Olivier Cousin, avec les acryliques de Lydia Padellec

Les éditions de la Lune bleue proposent de petits livres de seize pages au format A6, cousus. De beaux objets réalisés en une cinquantaine d’exemplaires numérotés. Voilà pour l’aspect physique des choses.
Ce petit livre-ci fait poèmes de pas grand chose. Instants, éphémère, bouffées, questions, ruines, une exploration de ce qui est et disparaît, de ce qui nous échappe, – comme la vie elle-même – et nous met, finalement, devant l’essentiel. Huit poèmes seulement, mais qui nous ramènent à un peu d’humilité et nous interrogent. Essentiel, oui. Et existentiel…

Regrettons que la Lune bleue ait choisi de s’éclipser… Il n’y aura plus de nouveau livre…

Alain Boudet, la Toile de l’un, septembre 2018

http://www.latoiledelun.fr/spip.php?article834&lang=fr

Parfois minuit parfois matin

De Gérard Cléry, avec les aquarelles de Michel Le Sage

La qualité d’une plaquettes de vers ne se mesure pas à sa minceur. Elle se mesure au plaisir qu’on prend à la lire et à la rareté du tirage. Et c’est le cas avec « Parfois minuit parfois matin » de Gérard Cléry… Quelques poèmes (huit seulement) ! Mais accompagnés d’aquarelles de Michel Le Sage ; on connaît depuis longtemps la perfection du travail de Lydia Padellec, à l’enseigne des éditions de la Lune bleue. Les poèmes de Gérard Cléry, plutôt descriptifs, sont cependant traversés d’une sombre inquiétude. Un petit livre précieux à conserver soigneusement dans sa bibliothèque. La couleur ne rend pas compte de la somptuosité du recueil comme elle ne dit rien des aquarelles de Michel Le Sage…

Lucien Wasselin, Chemins de lecture 2018, revue Texture (mars 2018)

http://revue-texture.fr/chemins-de-lecture-2018.html#clery

Poème en plein air

De Dominique Borée, avec les tondi/photos de Jean-Michel Le Claire

Aux éditions de la Lune bleue, vient de paraître le dernier recueil de Dominique Borée : Poème en plein air. On pourrait écrire Poète en plein air tant le bonhomme suit son petit chemin de poète en toutes saisons. Chacun des haïkus choisis avec soin est un petit tableau pour l’œil, le nez, l’oreille, la peau. la langue. La langue ? Non ? Si, goûtez « pour des prunes ».
J’ai une tendresse particulière pour ce haïku qui prétend n’en pas être* :

sur cette ombelle
toutes sortes d’insectes
– pas un seul haïku

Le haïkiste – c’est sans doute sa nature – se montre humble devant ce qu’il donne en partage. Ici, il se dégage de cet ensemble un sentiment de sérénité.
En parfaite harmonie avec l’écrit, les tondi/photos de Jean-Michel Le Claire contribuent à enrichir l’ouvrage, qui mériterait – seul regret – pagination plus généreuse.

Au rythme de quatre ouvrages par an, la belle collection des éditions de la Lune bleue, animée par Lydia Padellec, poète et artiste, a déjà accueilli Gérard Noiret, Mario Urbanet, Daniel Py, Colette Nys-Mazure, Marie-Josée Christien, Jeanine Baude, Yves Prié, Jean-Claude Touzeil, Claude Beausoleil…**

* écrit à Durcet, terre d’inspiration, s’il en est.
** Et je ne cite ici que les noms des poètes fréquentant les étagères de ma
fourbithèque©.

Yves Barré, sur son site « ah oui » (23 septembre 2016)

http://ahoui.eklablog.com/une-pensee-sauvage-a126986816

Une robe couleur de jour

De Cécile A. Holdban, avec les aquarelles de Catherine Sourdillon

 Je veux naître dans la couleur.

C. A. H

Rêvée, peut-elle être révélée ? Une robe couleur de jour de Cécile A. Holdban façonne le jour comme un matériau dont la captation légère pourrait faire naître la couleur, celle de Catherine Sourdillon dans la lucarne de la couverture : matin traçant une ligne irrégulière, sismographe de l’aube à la teneur bleue et oranger. Nous lisons les poèmes en deux langues : quatre textes bleus, la couleur de l’encre choisie, et chaque langue, le français et le hongrois, en vis-à-vis. Miroir du livre, miroir des signes autrement agencés pour deux musiques différentes, toutes deux composent l’identité de la poète. Ce petit livre précieux des éditions de Lydia Padellec, aux aquarelles soigneusement reproduites, suit la parution des Poèmes d’après chez Arfuyen.

Le poème commence en septembre :

« Quinze minutes d’autobus suffisent
pour compter ce matin par les larges fenêtres
les arches des rayons portant de l’un à l’autre
le ciel de septembre. »

Arche, alliance, dans les livres de Cécile A. Holdban, un être qui écrit cherche et affirme le lien fragile de l’instant avec l’éternité pressentie. Monde simple, viatique réduit à « la lune, un arbre/un enfant et une hirondelle. »Tout le nécessaire pour un conte, comme celui de la Princesse aux cheveux d’or ou celui du roi Mathias et ses douze princesses à marier. Mais cet univers est aussi celui du quotidien dans lequel circulent des « autobus », en page de gauche, « buszút » sur celle de droite.

Nous avons pu entendre ces poèmes dans leurs deux langues, deux mélodies aux rythmes différents, lors d’une lecture organisée par l’éditrice. Deux étages de la tour de Babel heureusement rassemblés. Étages a priori éloignés : le titre (deux mots en hongrois, cinq en français) nous montre que le hongrois est une langue agglutinante, donc très différente du français. Nous pouvons cependant reconnaître certains mots, comme « szeptemberi » pour « septembre » qui ouvre l’automne de ces poèmes, ou « orlok » pour « parfois » que nous identifions grâce à la répétition proche. D’autres nous surprennent par leur figure surmontée de signes diacritiques comme hirondelles au-dessus des blés avant la pluie et l’arc-en-ciel : « öltözöm », «újjászületni », « fehérségből ».

Les deuxième et troisième vers du quatrain cité au début de cet article, parfaits alexandrins, sont traduits sur la page d’en face par des vers de longueur très différente. Le troisième déborde :

« Negyedórányi buszút épp elég,
hogy a széles ablakokon át ma reggel
összeszámláljam az ívelt sugarakat, melyek a szeptemberi
eget kettőnk közé kifeszítik »

Il s’agit bien de deux versions différentes pour faire entendre le même poème.

C’est à l’aube que se métamorphosent les couleurs. Fugitives elles glissent, elles réveillent les tonalités, alors le superlatif absolu excède sa qualification, « beaucoup d’herbe, très verte » ; « très lentement » s’opère la levée du sommeil de nuit pour que la vie, mouvement de grâce et « temps de l’or », touche le corps. Ou est-ce l’amour ? « [T] u déplies la lumière. » « [H] erbe », « perles de givre », « elles roulent jusqu’à mes pieds », le jour ne se contente pas de rejoindre la lumière, il fait naître couleur. Raccourci saisissant, alliant la « robe couleur de jour » à la révélation de s’éprouver vivant. Tout concourt en s’éveillant à gagner l’intériorité de l’être qui dès lors rayonne. Poète, celle qui se laisse effleurer par le coudrier enchanté du monde au matin. Juxtaposition constante, elle mime la simultanéité des sensations qui se rencontrent, éclatent ou fusionnent, comme les êtres et le ciel :

« Les oiseaux cachent sous leurs ailes
les ombres de la nuit ».

Distique non ponctué, détaché, mais touchant la nuit qui n’est plus et le jour qui point. Aux intercesseurs la liberté de mettre à l’abri la nuit pour quelques heures et les fleurs à leur tour, par leurs pétales, deviennent envolée, ailes pour que le ciel soit l’espace de renaissance. Alors une double page propose deux aquarelles bleues de Catherine Sourdillon traversées par le brun comme une ligne de fuite et de vie animant l’horizon, se répondant comme les pages d’un même poème en deux langues. Tout est prêt pour la rencontre : la terre, fendue par les herbes et les oiseaux, accueille l’autre, « tu », fastueux, « main qui ouvrait l’été » à l’imparfait d’une éternité sans faille.

Isabelle Lévesque, « La pierre et le sel », juillet 2016

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2016/07/recueil-c%C3%A9cile-a-holdban-une-robe-couleur-de-journapsz%C3%ADn-ruh%C3%A1ban.html

Bleu – entre les pins

Haïkus de Françoise Lonquety, acryliques de Lydia Padellec

De la naissance du monde à la dernière douche, de l’adolescence à l’âge des contrôles médicaux, Françoise Lonquety balise son chemin de fortes émotions délicatement distillées.

De mon passage
juste une empreinte
dans le pot de miel

Tel un papier argentique caressé du bout des doigts dans le révélateur, chacune de ses 16 étapes dévoile les empreintes indicibles que l’oeil vigilant de la poétesse a su débusquer, prélevant par petites touches sur la palette des sentiments ce qui forge les heurs et bonheurs de notre quotidien.

Devant les flocons
l’explication scientifique
je veux l’ignorer

Ses seize haïkus, habilement polis, montrent la diversité du genre comme les acryliques de Lydia Padellec, illustratrice et éditrice, prouvent que deux couleurs primaires (rouge et bleu) peuvent créer une grande variété de formes sans nous ennuyer.

Dans le silence
le souffle haché du fusain
sur la page blanche

 

Dominique Chipot, La Lettre du Haïku n°80, janvier 2016

 

Le temps fait corps avec la terre

De Sylvestre Clancier, avec les acryliques de Lydia Padellec (décembre 2013 – Tirages courants épuisés)

Cette petite collection de livres d’artistes d’une beauté rare a été créée en mars 2010 par la poète Lydia Padellec. Le temps fait corps avec la terre roule ses saisons, coule comme une rivière entre les pierres : « Et toujours ton sang vibre à l’appel / de la terre et des arbres / sur les chemins du temps / aujourd’hui comme hier ».

Bruno Geneste, « La bibliothèque Atlantique » dans Sémaphore n°4, revue de la Maison de la poésie du Pays de Quimperlé (octobre 2015)

Reflets de varech

De Bruno Geneste, avec les acryliques de L.Padellec (décembre 2014)

Petit livre réalisé artisanalement sur du beau papier à 50 exemplaires signés et numérotés, illustré par des acryliques de Lydia Padellec, Reflets de varech souffle un puissant condensé d’iode et de vents, « de mots saisis / dans la puissance / si soudaine / hors du monde ».

Marie-Josée Christien, « Nuits d’encre » dans Spered Gouez n°21 (octobre 2015)

Bleu – entre les pins

Bleu – entre les pins – haïkus de Françoise Lonquety
accompagnés de cinq acryliques (tons rouge/bleu) de Lydia Padellec.
Exemplaires numérotés et signés par les auteures
Éditions de la Lune bleue, juin 2015

Impressions de lecture de Janick Belleau

Enfin ! La voix solo de Françoise Lonquety en 16 haïkus.

Un monde de contrastes…

…tout en douceur :
Adolescence – / le jardin se recouvre / d’un léger duvet

…sur le ton de la confidence :
Après ce jour-là / elle se cachera au bain /une goutte de sang

…en images choc :
Calme sous la lune / il parle du tortionnaire / son crâne brille

…fait de compassion environnementale :
Naufrage – / engluées dans le pétrole / les mouettes rieuses

Mine de rien, les moments de création de la poète offre aussi des touches d’humour, de couleur et de légèreté. Mais peut-être faut-il s’arrêter ici : 16 haïkus, c’est précieux.

Janick Belleau, Québec

Bleu – entre les pins

Françoise Lonquety, Éditions de la Lune bleue, juin 2015

C’est toujours un plaisir de feuilleter les jolis recueils des Éditions de la Lune bleue. Petit rectangle de 15 cm sur 10 cm, Bleu – entre les pins offre à savourer seize haïkus de Françoise Lonquety, ponctués de cinq superbes acryliques de Lydia Padellec.

Le titre m’emplit de joie, ainsi que le poème immédiatement déployé :

Bleu – entre les pins
le triangle de la mer
naissance du monde

Outre que l’image, allusion au célèbre tableau de Courbet, est fort belle, il se trouve que la vue décrite m’est parfaitement familière. Cette fenêtre sur l’eau, au-delà des pins, semble effectivement ouvrir les portes d’un monde spécialement dédié aux haïjins.

Françoise Lonquety capte avec talent des détails du quotidien, la couleur du ciel, la pleine lune, le bruit d’un fusain sur la page, souligne d’un trait critique un fait de société, lance une œillade à la cantonade au détour d’un cimetière, caricature malicieusement tel personnage au passage, se délecte d’un moment de solitude au point du jour… Le « je », discret ici, se tient à distance, de manière à ne pas envahir le/la lect.eur/rice. Ses apparitions, souvent teintées d’ironie, sont savamment dosées.

Bleu – entre les pins procède par touches légères, éclats de vie, bribes de la pensée, livrant seulement l’essence d’une plume finement affûtée.

Danièle Duteil